Fleurs d'expérience n°31 à 44

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31.

La lettre éparpillée

Egare ses feuillets

A quatre coins des murs.

Cela fait des années

Qu'elle est pelotonnée

Aux quatre coins du monde

Elle se cendre par terre

Vautrée dans la poussière

Et chante en sourdine

Le refrain sanglot

Des jours éblouis

A l'ombre des persiennes

Quand ils s'étaient dit Oui.

 

Le mot si volatil

D'un coup d'aile versatile

A quitté la maison.

Les autres mots furent inutiles.

Ils ont vomi soudain

Avec mille cris creux

La douceur de leurs mains

Sur leurs corps endormis

La splendeur des matins

Confondant leurs cheveux

La beauté du soleil

Tapant comme à midi

L'exaltation naïve

Des décors révélés

Par le volet curieux

Les courses insensées

Au-delà des marais

Les longues escapades

Sur des routes perdues

Le plaisir de la boue

Que l'on a sous les pieds.

La voûte s'est éteinte

Sur ces feux d'artifice.

 

Les mots se sont enfuis :

Ils laissent un édifice

Sanctuaire déserté

où des enfants perdus

Dans un monde sans fées

Progressent dans les rues

Qui mènent sans secrets

Chacun de son côté

A des impasses obscures.


 

32.

Cette vie est un désert

Embaumé des sourires

Des passants intérieurs.

Tu filas de bonne heure

Les tapis souvenir

Que tu jetas par terre :

Et toi avec !

Cette vie reste un non-sens

Tout perclus des chagrins

Qu'occasionne l'absence

Des choses aimées.

Tu l'as su un matin

En faisant ta valise

 


 

33.

Vaine vie qui déroule des avis contrariés

Aux rebords des fenêtres des oiseaux sont posés

Ils sifflent sans entrain des notes trop aigues

Et je promène mes rêves au long de trop de rues.

Un aigle de cristal ?

Un moineau de métal ?

Vaine joie qui s'enroule autour des lampadaires

Aux seuils de nos maisons passent des courants d'air

Ils lèvent sans espoir leur nuage de poussières

Et mon âme sans repos fend mon cœur sanguinaire.

Un aigle de laiton ?

Un moineau de béton ?

Vaine étape où s'enfoncent les rêves d'évasion

Aux barreaux de la geôle se tient la Négation

Elle emporte les rêves, mon âme et ma raison

Un aigle de cristal ?

Un moineau de métal ?

Je promenais ma vie, elle n'a pas de maison.

 

34.

Demain se présente comme une toile noire, parsemée de quelques taches de sang, et dans le fond luit un brasier de brûlure, qui éclaire un cheval fou qui piétine des enfants vaporeux, pâles et mordorés comme les rêves immenses qui élargissent leurs regards.


35. Pauvre Degas !

Des danseuses exsangues en tutus funéraires

Sautillent gravement et sourient aux lumières

D'un scène où se pâment d'indécents partenaires.

Or le public ... dans l'ombre ... guette les courants d'air.


36.

Travail, Patrie, Famille

Où trouverai-je le temps de vivre ?

Chasse gardée, chemin privé

Comment parler de liberté ?

Argent, Horaire, Retard

Et si je veux rêver trop tard ?

Me pencherai dessus le puits

Pour écouter ma joie d'aimer

Puis je vous jetterai tête première

Au fond du puits

Mes pauvres adultes en colère !

 


 

37.

Nous sommes tous veufs un beau matin

Des heures perdues de notre amour.

Le cœur déchiré de chagrin.

Mais l'oiseau chante à la fenêtre

Et des enfants jouent dans la cour.

 


38.

Quelle heure fera-t-il demain ?

Moins le quart du Printemps s'accrochant aux fenêtres

Un Premier Mai chagrin

Derrière la vitre pâle du gris des boîtes à lettres.

 

Quelle heure fera-t-il demain ?

Le demie du Printemps chatouillant les moineaux

Et tous ces jours câlins

Qui chantent dans nos cœurs les airs d'un renouveau.

Du soleil plein les mains.


 

39. Autisme

 

L'ennui du temps présent engendre le dégoût des mots

La vanité perçue interdit la parole

L'inanité constante impose le silence

Personne ne frappera

Plus d'appels ni de lettres ouvrant les portes.

Je suis à la fenêtre constamment

Guettant toute présence de ce monde lointain

Entre la vitre et l'autre il y a la distance

Entre mon souffle et l'autre il y à le silence

Entre ma bouche et la glace la solitude.

On se croise sans cesse

Sans se rencontrer

Sans se reconnaître

Sans ressentir

Que de l'absence.

L'ennui du temps futur ouvre une perspective

Comme un appel béant d'un tombeau d'apparat

Où nul corps ne repose

Une tristesse éternelle y demeure.

Nous n'irons nulle part.

 


 

40.

Un désarroi nocturne

Sur un terrain mouvant

Je veux ma gadoue brune

Et mon soleil couchant.


 

41.

J'ai vu un quai de brumes

Une eau froide et sombre

Des arbres errant sans ombre

A la lueur des lunes.

J'ai vu un soleil vert

Eclairant les rues grises

J'ai vu un soir d'hiver

Tomber sur des banquises

J'avais trompé l'ennui

Dans des lieux méconnus

Avec sous mon ivresse

Un amour biscornu

Oublie mon quai des brumes

Et mes trente-deuxlunes.


42. Mots tus

 

Si besoin de parler, tu tairas tous tes mots,

Le mot de plus, le petit mot de trop,

Si besoin de partager, tu cèleras tes mains,

Les doigts noués priveront d'air les choses,

Si ton cœur et tes yeux captent le mou de l'autre,

Ta cuirasse lui promettre, et caresses garder,

Pour plus dignes comparses, et plus sûrs camarades,

A personne peut être

Plutôt que de faillir.

Si le brin d'un soleil chatouille ton regard,

En capter la tiédeur pour tous les jours de glace,

De brunes terres et d'herbe grise qui étouffent ta vie ;

Si d'ineptes colères t'éparpillent mais ne t'épargnent

Si de vains songes se repaissent de tes espoirs d'enfance

Qui sont foulés, viciés à la corruption de l'âge adulte,

Si de vieilles blessures r'ouvrent leurs bords insanes,

Leurs gluantes mémoires suppurant tout d'un coup

Prête moi, mon amie, de fidèles estimes,

De la tourbe où je reste félicité ma constance

Des marais d'être où paraître m'enlise peu à peu

Aide moi à délier les pestilences.


43.

Fleur d'expérience,

Je te cultive, transitoire innocence,

Au jardin de mon cœur

Et parterres de la vie

Je te bénis, l'éphémère aventure

Tes jeunes pousses émergeant

Ta corolle endormie

Je t'examine un laps de temps

Tes feuilles se racornissant

Tes pistils alourdis, verdict de l'âge mûr

Et te maudis soudain, finalement

Le cœur saignant, boitant, en pièces éparses,

Aux crocs étroits de tes pétales en charpies

Fleurs d'expérience

Je te salue

Et tes charniers éternels.

 


 

44.

En filigrane

Des pages de ma vie

Un blason d'ennui

Dissimulé, dévore

L'encre des mots

Qu'il faudrait écrire.

 

En exergue des œuvres complètes

Inabouties

Le mien regard

Stérile

Raye

Bifurque

Rature

Biffe,

Bafouille

Barbouille

Et s'écrabouille

Quand pour finir

Je froisse la page

Et la jette.

 

 

 

 

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Publié dans Fleurs d'expérience

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