Fleurs d'expérience n°1 à 10
1.
Un chat miaule sans cesse
A l'image des peines
dont tu es la prêtresse
Quel mauvais t'amène
Tourmenter leur quiétude
A cracher contre ciel
frère, père et mère ?
Pourquoi ton amertume
Et ce cœur de bitume
Pour tout ce qui espère ?
N'aurais-tu donc à dire
Que des mots pour souffrance
Et des mots pour blessure ?
Tu te dresses souvent
Comme l'éternel serpent
D'un paradis perdu
Que ne t'avoues-tu pas
Que tu croquas la pomme
En voulant qu'on s'étonne ?
Que ne décide tu
Imprécatrice constante
D'être enfin ton attente ?
2. Voir
Les yeux verts d'un homme à qui la vie refuse
Les amours et bonheurs qu'aux autres elle prodigue
Les cils baissés d'un homme qui disent sa fatigue
Et sa mélancolie dans ma vie se diffuse.
J'ai mal d'espoirs, de tant aimer nos vies
J'ai crié tant de fois mais rien ne fut donné
Peut être que mon sang sur tous les paillassons
Déversé comme l'encre qui capture mes passions
Peut être que des larmes rouges et chaudes de vie
Attireraient enfin des lecteurs de secrets ?
Vu les yeux verts d'un homme, avez-vous vu
Et les bonheurs crétins qu'aux autres elle prodigue
Vue sa moue d'enfant triste
Un homme dépourvu
D'intérêt
Sans couleurs.
3. Au-delà des rêves
C'est au-delà des rêves
Une terre fertile qui attend des guirlandes
Des feux follets hardis qui courent dans tes jambes
Des lunes et des étoiles qui éclairent tes rêves
Et mille et un soleils tous ensemble se lèvent
Une femme soudain soulève les nuées
Et sa lyre apprivoise la licorne blessée
Sous les traits lumineux des astres tournoyant
Oublier les fantasmes sur le pavé mouillé
Ce que je donnerais pourtant
Pour déchirer les spectres, les ombres et les Titans !
Une terre brunâtre qui s'offre à l'avenir
Un Pégase ahuri piétine des enfants
Car leurs rires envolés l'ennuyaient à mourir
Ce que je donnerais pour oublier pourtant !
Rends moi le soleil vert éclairant les rues grises
Les étoiles saignantes tombant sur des banquises
Les neiges entachées des ombres gigantesques
Des ferrailleuses grues. C'était si pittoresque !
Ce que je donnerais pour la rumeur sourde
D'un bolide fumant écrasant les lapins
Pour une belle bombe tombant comme un cadeau
Sur le monde endormi d'un tout petit matin
Plus de fleurs, plus de ciel, plus d'oiseaux
Rien que les fumées moites de l'angoisse trop lourde !
4.
Je promène ma solitude, mon angoisse et ma peur
Dans un espace clos qu'appellent les ténèbres
Je promène mon corps mais il vit sans chaleur
Dans le jardin des jours qu'arrose un temps funèbre.
J'ai cueilli mon enfance
Suspendue, pantelante
Aux branches d'un grand mat
Le navire oscillait sur les vagues marines
Mon enfance turbulente
Avait quitté la terre
Pour ne pas revenir
Clandestin de ce monde
Qui voulait s'aguerrir.
5.
Je suis perdue dans cette enfant
Dédoublé monologue qui ne m'écoute pas
Pour écouter le vent
Il me faudrait entendre sa voix
Perdue dans cet espace
Encombré d'êtres humains
De visages et de glace
Je voudrais trouver ses mains
Perdue dans cette enfant
Dédoublé monologue qui ne m'écoute pas
Je voudrais savoir vivre
Mais il faudrait que j'aie sa Foi
Perdue dans cette ville
Qui tambourine ses sagesses
Ma vie s'égare et tu la laisses
Tomber en mille bouts d'espoir.
6.
Je voudrais boire plus qu'il n'en faut
Du vin d'ivresse et de l'oubli
Mourir saoulée des rires chauds
Des inconnus un soir amis
Oui tu trouveras ce repos mais écorchée
Ivre enfin des tes blessures
Repue de ton propre sans sous les ordures
Des inconnus un soir cruel.
7.
C'est qu'il faut vivre ma belle morte
Aimer toujours prendre les portes
Tour à tour dressées en leur appel béant
Se jouer des fenêtres
Des escaliers entortillés
Des angoisses d'enfant.
C'est qu'il faut dire ma belle morte
Ce que tu sens que l'on emporte
Chacun son tour quand tu nous as meurtri
Ce que tu veux que l'on te donne
Et qu'on réponde à tous tes cris
De silence déflagrant comme une bombe
Qui aura creusé ta tombe
Je veux chanter cet air sans pleurs
Mais que veux-tu faire ma belle morte
En cognant sur toutes nos portes ?
8.
J'ai murmuré en vain car tu n'es pas venu
J'ai combattu pour rien puisque n'ai pas vaincu
Il était bien trop tard quand ta main s'est donnée
Hors de portée d'attente tu t'étais réfugié
Et hors de toute atteinte tu seras la victime
Du poète crucifié par le jeu de ses rimes
Je souhaitais si fort entendre l'écho de nos serments
Mais quand le temps s'écoule c'est ma vie qui s'enfuit
Et quand l'amour s'écroule c'est la mort qu'on envie.
9. Ré-création
J'ai retrouvé hier
Les grands paperassiers
Ils avaient dans leurs serres
Des enfants de papier
Et d'immenses casiers
Pour classer les lanières
Que j'ai bien vu, hier,
Que l'on y dépeçait.
J'ai entendu aussi
Les grandes goulumandes
Qui sans cesse demandent
Pour aller vers la mer
S'il faut prendre les airs
Ou rester terre à terre
Accrochées aux rochers
Engluées par l'été
J'ai ressenti hier
Ce frisson de timipeur
Il attendait, tout à l'heure,
Les grands paperassiers.
10.
Les rossignols de papier
Chantent en sourdine
Sur tous les paravents
Quand le temps les patine
Ils se déploient plus grands
Et les paperassiers,
Que font-ils tout ce temps ?
Ils classent tant de notes
Que le vent toutes emporte...
Les rossignols de papier
Même s'ils ont deux mille ans
Chantent en sourdine
Sur tous les paravents
Quand le temps les patine
Ils se déploient plus grands.