Fleurs d'expérience n°21 à 30

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21.

Je suis un chien perdu

Dites moi mon chemin

Errant au long des rues

Sans maître et sans destin.

 

22.

Au-delà du rire une plainte sommeille

Je vois des ombres grises au dessus du soleil

Des ruines noires au fond d'un cœur qui aime

Une agonie béante quand une fleur s'entrouvre

Un relent putride sous le parfum des femmes.

C'est le caveau de l'âme que soudain l'on découvre

Au plein cœur chaleureux de nos fêtes tardives

Rythmées sans harmonie par nos danses lascives.


 

23.

Je vous parle de l'urne

Sur une plage nocturne

Je suis morte hier

L'eau roulait mon suaire

Aux pieds de chaque dune

Mon sang coulait par terre

Et remplissait tout l'air

De son odeur amère.

La fadeur de ma vie

Avait bien ce goût là

La couleur de ma vie

Avait bien ces tons là.

Je buvais à longs traits

Des cris qui se perdaient

Des gens qui me cherchaient.

Mais moi, je m'en allais.

Et toute a Mort offerte

Devant ma veine ouverte

Pleurs et rires en ma gorge

Se mêlaient sans rancune

Pour tous les artisans

Les flammes et les forges

Qui m'avaient dans le cœur

Fiché le glaive de la désespérance

Laissant pour toute trace

Une aussi grande peur

Que celle d'une enfant

Cernée par des rapaces.

Je vous parle de l'urne.

 


 

24.

Nuées abjectes et viles, relents immondes

Notre temps s'est vautré dans la fange du monde

Des vers de glace noire et d'herbe grise

Pour décrire le soleil béant sur un ciel étranglé

Les plaintes écartelées d'enfances disséquées

Les arbres au vent pliés et dont les troncs se brisent.

La froidure ensanglantée des armes criminelles

La bête qui se terre dans le regard des femmes

Dont on viole les filles avant qu'elles ne soient belles

Ces abattoirs de l'Homme : et le Tyran s'acclame !


 

 

25.

Calice d'ambre et d'or levé à bras tendus

Eclair des ombres étranges qui déchirent les nues

La vie comme une eau-forte sur un support de vide

L'amour qui nous dépasse, et les mots qu'on décide,

On parle, on s'époumone et nul écho n'a bruit

On sème aux quatre vents, il n'y a pas de fruit.

Cette vie qui nous tourmente, on s'enivre, on danse

On devient naufragé sur un radeau qui coule

Bontés qui se gaspillent et les mots qu'on dépense

Car l'on n'est que maçon sous son mur qui s'écroule.

 


26.

L'eau claire aux caniveaux qui gèle en ruisselant

La pluie en larmes aigues qui déchire ma chair

Je n'ai hélas plus de mots à sourire

C'étaient encore pourtant tant de rires à verser !

La nuit peut bien tomber le monde peut mourir

Nulle étoile ne luit tout au fond de mon lit

J'ai tapi mon angoisse dans mes poings serrés

Et dans ma voix fêlée, qui t'appelle

Cette porte demain : il faudra la fermer.

 


27.

Deux grands yeux de tendresse

Et quelques épis blonds

L'enfant de ma jeunesse

N'aura pas de maison

Autre que ciel ouvert

Sur une nuée d'étoiles

Filant toutes à travers

Le monde peint en toile.

Des lèvres de velours

Ecrins pour dents d'ivoire

L'enfant de mes beaux jours

N'aura pas peur du noir

Autre que nuit de l'âme

Où le mot devient flamme.


28.

Nous partirons demain

Partager notre pain

Nos vies et nos destins

Ce sera clair matin.

J'ai pour toute caution

Des rires et des chansons

La main comme une plume

A poser sur ton front

Mon cœur comme une enclume

Aimant son forgeron.

J'ai comme liberté

Des ailes d'hirondelle

Accrochées à mes yeux

Et comme seule tristesse

Ce chat de tourterelle

Qui découvre les cieux

Quand elle y noie son ivresse.

 


29.

Les jeux d'enfants

Tournent dans l'air du soir

Et de nos jeux d'antan

Ils n'ont nulle mémoire.

On criait chat qui perche

On criait chat qui cherche

Et puis pouce pour paix

Pour s'échapper du jeu

Jacques a dit ... je ne peux

Les trésors sont trouvés.

 

Leurs yeux clairs étonnés

Ont perdu leurs secrets

Et les bombes achèvent

Déferlant sur leur rêves

De ruiner nos espoirs.

Quand ils ont peu du noir

Il est déjà la faille

Qui les rend réalistes.

 

La terre comme souris

Ils deviennent alchimistes

Qui usent du cobaye

Au mépris de la vie.

 


30.

Ce que c'est que le rire

Qui résonne et qui meurt

En sons clairs trébuchants.

On ne peut pas souffrir

Quand on a dans le cœur

Le regard d'un enfant.

 

Il faudrait que ma voix

Perce toutes les murailles

Les grandes pierres de taille

Et délivre son message

Tuant Dieu et Satan

D'un même coup de rime.

 


 

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Publié dans Fleurs d'expérience

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