Regardes, c'est aussi simple que ça

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Dans le pré d’en bas de la maison du Lot
Un soleil mordoré perçait les nuages. Une brise tiède les déchirait un à un, en de longs filaments. La fluidité de la lutte que se jouait ainsi juste au dessus de moi rendait à de vieilles cicatrices une juste valeur – dérisoire. Ce ciel éparpillé comme un puzzle, c’était opportun. Toutes ces lézardes fugitives attestaient sans violence aucune que le travail de la décomposition future était déjà amorcé.
Foulant feuilles et brindilles, je me suis alors avancée dans le champ boueux d’herbes folles. Chaque chose disparue reprenait place. La lumière d’automne animait les mains invisibles d’un sculpteur modelant les choses qu’elle éclaire. La rémanence d’une vie déjà passée se laissait distinguer à l’ombre des peupliers et dans les bruissements de l’étendue d’eau qui les bordait.
La densité du silence était parvenue au point où l’oreille entend une musique. Une perle de silence intérieur fut à cet instant délivrée.
Et ce fut tout.

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L’esquisse d’un artiste :
Le portrait d’une enfant,
Le dessin d’une femme,
Superposent leurs traits,
Brouillent les pistes.
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A l’ombre de mon cœur
Pousse une giroflée,
Fleur vivace et tenace
Qu’aucune main humaine
Ne saurait replanter.
Elle se dévore elle-même,
Aucune main humaine
Ne saurait l’arracher.
Je ne suis qu’un désert,
Mais j’ai pu te croiser,
Mon ami – jardinier.
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Nous portons le monde,
Et la teneur des choses
S’en trouve modifiée.
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Sur la photo
Nous étions tous
Moi, comme une virgule,
Un peu superflue,
Néanmoins nécessaire.
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Un monde inconnu à deux rues de chez soi :
Du bleu. Du rouge.
Du mauve.
Mosaïques.
Du jaune.
Et puis le chant d’un ruisseau.
Mes pieds sont trempés.
Dans la flaque j’ai marché,
parce que je flânais nez en l’air.

Une eau claire coule dans le caniveau,
Sans espoir de retour.
Du rouge sur le rouge
Et du vert ensuite sur le rouge
Je me souviens d’une maison rose
Où j’ai failli habiter.

Le vent envole mon regard
Dans les branches bruissantes d’un arbre pleureur,
Puis le fait retomber,
Rue des colonies,
Et l‘emporte vers des contrées lointaines.

Les rues ont des couleurs
Chacune sa couleur
Qui domine.

Une fenêtre ancienne, festonnée
Une enseigne de coiffeur, gominée
Un mur industriel, carrelé,
Un rideau de fer, peinturluré, transfiguré :
Des pirogues et des palmiers.

Cette rue là est jaune, jaune nomade
Du jaune des filets de la voierie sécurisant la bouche d’égout,
Du jaune des genêts des jardinets
Du jaune de la vieille enseigne Renault.
J’y croise des égouttiers SonaCotra. en bottes vertes,
revenant de leur déjeuner.

Un escalier hors d’atteinte
Derrière la vitre d’un duplex.
Le bâtiment des chemins de fer à leur époque de gloire :
Une invitation au voyage vers des siècles passés.
L’église que je connais de vue
Pour être passée devant des milliers de fois
Mais sous un autre angle.

Une cigarette, contre le froid et la fatigue,
Sur un banc de la rue Bobillot
La plaque d’émail m’apprend que cet ingénieur du génie civil est mort au Tonkin.
Un autre rideau de fer comme un tableau peint se révèle :
Je ne l’avais jamais regardé.

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Elle est : le point aveugle de la lampe suspendue au dessus de la table familiale. La focale obscure autour de laquelle les autres convives peuvent percevoir qu’il y a de la lumière, et sereinement se rassasier à la table familiale. Il ne viendra à l’idée d’aucun d’eux qu’à cette place elle se tient malgré elle, et qu’elle y souffre de l’obscurité et du silence. Qu’à mesure que le temps passe une faim toujours plus dévorante la tenaille et lui déchire les entrailles.
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