Compte rendu de lecture n°1 (chap 1)

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Chapitre 1 : Théâtre des origines

Denis Guénoun se réfère dans ce chapitre à la Poétique d’Aristote pour nous rappeler que ce texte fondateur du théâtre occidental postule que la théâtre est issu de l’inclination naturelle de l’homme à se livrer à une imitation et à prendre plaisir à la représentation mimétique, inclination dont il use dès l’enfance et qui satisfait dès lors sa soif de connaissance. Partant de là, il relève que ce terme de représentation renvoie à deux activités humaines différentes : « faire du théâtre » (tendance active), et « aller au théâtre » (tendance passive), et que la question de la nécessité pourrait être traitée pour chacune de ces activités distinctes.

Il souligne que la définition aristotélicienne de la mimésis confond l’action effective et l’action représentée, s’opposant ainsi radicalement à la thèse platonicienne qui sépare catégoriquement l’imitation (mensongère) de l’objet imité.  Faire du théâtre se définit dans ces conditions pour Denis Guénoun, sous l’égide d’Aristote, comme une « mimèsis praxeôs », au cœur de laquelle prime l’action, et non les caractères (futurs personnages), et encore moins la question de l’acteur. « L’acteur se loge dans cet écart [platonicien] : il est celui qui assume l’action de représenter, en tant qu’elle se distingue de l’autre [l’action représentée]. Or la mimèsis praxeôs, croyons-nous, désigne les deux actions dans l’espace d’une position commune, comme indifférenciée. » (p.24) « La mimésis est de part en part praxis, praxis agissante. De ce côté de son avoir-lieu, le théâtre est exclusivement pratique » (p.25).

Pour ce qui est « d’aller au théâtre », citant toujours Aristote : « si on aime à voir des images, c’est qu’en les regardant on apprend à connaître », l’auteur fait valoir que le regard des spectateurs est un regard spéculatif, théorique, cognitif, et que le plaisir ressenti à porter ce regard sur une représentation découle de la représentation elle-même. Car la représentation produit une connaissance qui a ceci de particulier qu’elle opère une reconnaissance, procédant par identification : « on conclut ce qu’est chaque chose comme lorsqu’on dit : celui-là, c’est lui. » (C’est une fonction de reconnaissance « idéologique » ainsi que la définit Althusser, qui pourrait  alors être à l’oeuvre, selon Denis Guénoun.)

Voici déjà posé à ce stade de notre lecture l’une des notions clefs de notre ouvrage : l’identification.

Il reste à poser la question de la nécessité. Or voici comment celle-ci vient s’articuler à la notion d’identification précédemment posée : l’identification s’appliquerait au théâtre à des actions, dont nous avons vu plus haut qu’elles étaient l’objet de la représentation, mais « Nous ne sommes pas portés à considérer qu’on identifie un acte – plutôt une chose, ou quelqu’un » (p. 31), de sorte que la reconnaissance de l’action dont fait l’objet la représentation dépend de sa vraisemblance ou de sa nécessité. « Vraisemblance et nécessité ressortissent de ce que l’on pourrait appeler une logique des actions, laquelle permet aux spectateurs de raisonner, de conclure – et de prendre plaisir à cette déduction ». (p. 32). En somme pour ce qui regarde le théâtre, le plaisir que procure la représentation procède plus spécifiquement d’une « innovation cognitive » que d’une reconnaissance ; c’est le plaisir que procure «une nouveauté de la connaissance » dans un univers des formes (morphas) [qui me semble assez voisin de celui qu’a édifié la théorie malrucienne dans le domaine de la réflexion sur les arts]. S’en référant de nouveau à Althusser, «  C’est ici qu’Althusser peut nous être utile » (p. 37), Denis Guénoun pointe enfin l’impasse où son raisonnement nous a conduit. Impasse d’une impossibilité de l’identification découlant de l’impossibilité d’une reconnaissance, l’auteur ayant conclu en ces termes sur l’impossibilité aristotélicienne d’une identification théâtrale  : « La Poétique connaît des agissants, qui agissent, et des regardants, qui considèrent. Mais il n’y a pas de sujet spectateur. » (p. 38)

Impossibilité d’une reconnaissance ? Cela mérite d’être précisé. Car la reconnaissance dont il s’agit ici est la reconnaissance de soi du spectateur (« constitutive de l’interpellation en sujet » qui participe au dispositif de l’identification chez Althusser), distincte de la reconnaissance (anagnôrisis) dont il existe bien une instance chez Aristote, mais qui n’est qu’une catégorie de l’action, interne au poème, et non une catégorie de la connaissance, externe au poème. (p. 35 à 37).

Pour conclure ce chapitre, Denis Guénoun oppose donc un champ de la mimésis active – celui de faire du théâtre – et un champ du regard théorique – celui d’aller au théâtre - en revenant brièvement au passage à cette occasion sur la notion de katharsis qu’il rapporte à un « effet de la cognition » (p. 39) -  pour nous livrer à méditer la définition aristotélicienne de la nécessité du théâtre : « foncièrement double : nécessité d’une pratique (scénique) et d’une théorie (spectatrice) » (p. 40). Puis il nous annonce derechef que son objectif sera précisément de démontrer que le lien s’est aujourd’hui « rompu » (p. 41)  avec une nécessité du théâtre ainsi définie depuis Aristote.

 

 

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Publié dans Des livres à lire

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