Do Montebello : comme une épure

Il y a dans les chansons de Do Montebello un poignant mystère qui transperce la virtuosité des musiciens qui portent sa voix et les textes…. Quelche chose d’inclassable qui vous détermine à revenir encore et encore l’écouter chanter.
Sur la scène un peu sombre du Sudden, ses expérimentations sonores penchées sur ses bols d’eau évoquaient une Circée quasi évanescente.
Dans les fumées du Sunset, c’est au contraire la présence charnelle d’une femme évoluant au sein d’une formation de Jazz où les musiciens excellent dans la complicité et les volutes de l’interprétation, qui se dégageait avec la force toute sensuelle d’« un voyage de peau entre toi et moi ».
Dans la grande salle du Pléssis Trévise, dont l’espace rendait justice à la mesure d’un talent qui ne demande qu’à grandir au-delà de toutes frontières trop étroites, à échapper à la toise des genres imposés, il y eut comme un frisson à l’écouter proposer les différentes facettes de son art.
Liturgie, hommages à sa terre d’adoption brésilienne qui s’enracine au plus profond de ce pays de métissage, jouissances de l’instant où le Jazz le plus académique repousse soudain les limites de l’improvisation pour explorer les contrées musicales inexplorées d’une musique plus expérimentale, et un brin de cet esprit de la variété qui se définit par une complicité bon enfant avec son public, et qu’il est agréable de voir remettre à l’honneur… Mais qui diable est-elle, cette drôle de bonne femme qui nous la joue tour à tour magicienne, vamp, petite fille des îles, une fleur d’hibiscus à l’oreille, dansant pieds nus sans pudeur son plaisir enfantin de la ritournelle « Qui va piano » dans un rayon de soleil que Gauguin aurait pu vouloir peindre, rigueur aussi de la grande prêtresse de Comdomble présidant à une cérémonie du Jazz ?
« La musique est silence ». Et dans l’ensemble de son répertoire, il y a bien un vertigineux silence, ce vide, cet espace infini avec lequel nous nous confondons par la force de l’Amour au monde qui nous transporte, comme dans les tableaux de Soulages auxquels elle se réfère dans « Outrenoir ».
Les grands artistes se distinguent des simples virtuoses en ceci qu’il nous ouvrent les portes d’un Musée imaginaire, et qu’un public peut les rejoindre dans ce parcours de pièces en pièces d’une intime collection pour y retrouver ses propres émotions. Or quand Do Montebello attaque à voix nue les premières mesures de « Je marche », je me retrouve pour ma part parmi les sculptures longilignes de Giacometti ; c’est comme si ce mouvement décharné des squelettes épurés de leurs chairs me révélait la structure même de son répertoire, guidé par une même volonté de l’épure.
Paul Valéry, à qui l’on doit une définition de la poésie pure, capte dans un de ses poèmes le vol arrêté d’un abeille qui est le mouvement même du désir, qui se tient au cœur de tout art véritable nécessaire.
Eh bien Do Montebello qu’une écoute superficielle pourrait réduire à « un chanteuse de jazz » par sa technique, qui nous proposerait « de la musique bésilienne » du fait des hommages qu’elle rend aux compositeurs de cette terre, est bien plus que cela. « Après tout » : dans cet « instant [arrêté, qui] [lui] va comme un gant », elle est cette abeille qui a suspendu son vol parmil les mille fleurs qu’elle butine, elle est l’artiste véritable, dont les textes poétiques délivrent la clef d’un univers très personnel, très intime, où l’urgence de la vie même nous saisit. « Il ne faut plus attendre ».