Clownite chronique
Les premiers symptômes sont apparus l’an dernier, quand Francisco en a touché un mot aux uns ou aux autres. Quelques curieux furent convaincus de tenter aussi l’expérience…. Cette année, cela s’est ensuite propagé comme une épidémie dans nos rangs, du fait de la rumeur persistante et contagieuse. « Génial », «ça décape carrément», « Vas-y, tente le coup, pas facile, mais qu’est ce que ça fait du bien », « pour le théâtre ça m’a vraiment beaucoup apporté » etc., etc.
Chacun s’en revient depuis à son tour, un peu ébranlé parfois, toujours visiblement fatigué dans les quelques jours qui suivent, mais avec ce regard radieux, ce large sourire mystérieux d’initié, des reliquats d’un rire féroce qui suscitent de nouveau l’intérêt des autres élèves des cours… Mais de quelle maladie s’agit-il ? Du Stage clown de notre ami Hervé Langlois ! Y’en a même qui se sont découvert une vocation et qui ont craqué pour l’Atelier annuel ! Toute l’équipe des formateurs s’y est mis, sous sa gouverne, pour la Tribune, et aux dernières nouvelles l’épidémie s’est propagée jusque dans les rangs de l’Arc en Ciel et des Forges de Péreuil !
Pour dire la vérité - selon la loi d’airain des clowns, qui ne manquent pas de vérités à dire, y compris les plus mensongères mais auxquelles ils croient dur comme fer ! - je ne saurais pas dire exactement pourquoi cet apprentissage du clown est aussi enthousiasmant. Il l’est, voilà ! C’est un fait.
C’est à la manière de mon clown, en chantant Piaf sans doute parce que comme elle il a la vie à fleur de peau, ou en inventant des mots qui n’existent pas dans le monde des hommes mais que mon clown sait inventer pour être entendu dans tout l’univers… C’est en cherchant un geste tout nouveau pour moi que mon clown, lui, connaît depuis toujours, que je devrais ici décrire ce travail. C’est un travail qui existe alors si intensément au plus profond de soi, qu’il faudrait pouvoir mettre en mots ici ; ce qui est impossible !
Y’a pas d’ mots rationnels pour dire à quelles profondeurs ce travail clownesque t’entraîne, c’est HENAURME qu’il aurait dit le Gustave, vertigineux, abyssal et cosmique à la fois. Tes indigences y prennent la lumière et s’embrasent en un instant pour faire péter tous les artifices sous tes pieds nus. Alors tu danses, les mots s’inventent d’un coup, les phrases surgissent en liberté, tu te découvres un corps vivant et frénétique, tu perds un peu la boule c’est possible, mais ainsi y’a plus rien d’autre que le JEU qui JOUE en toi, Et c’est là, tout est là, à la puissance 10 que multiplie la puissance 10, de ce sur quoi un comédien devrait toujours s’appuyer au théâtre.