Improviser
Première soirée : nous l'abordons dans la crainte et l'impatience des surprises qu'on nous réserve. Nous nous abandonnons a priori au jeu dont les régles ont été préméditées.
Dans ces exercices destinés à nous faire appréhender l'espace spécifique de la scène - cosmogonie inscrite entre Cour et Jardin - je découvre que j'ai une colonne vertébrale, et qu'il y a cette fêlure intérieure que je voudrais réparer, dont il faudra évacuer la douleur, dont je dois me libérer.
Je constate que j'ai naturellement un Verbe fou qui me vient de la tête et qui brime le reste de mon corps.
Que d'autres instruments sont restés inexploités, pas mon regard mais mes mains, mes reins, ma tête, mes pieds, mon cou. Mes os, mes muscles, ma chair, mon coeur trop rapide, mes poumons qui se vident, ma voix qui trahit l'intensité de ce nouveau combat.
Je me demande en regardant les autres si je suis à l'état brut, comme eux, et si la nature du combat qui se livre chez moi est d'emblée tragique ou comique, comme je le discerne si clairement chez eux.
Et puis tout se brouille peu après. Je soupçonne la tragédie dans cette posture drôlatique, derrière laquelle on se cache. Subite compréhension intime de ce qu'est le masque - du moins je le crois. Ce que le masque recouvre : c'est ce sur quoi il va falloir toujours revenir et travailler.