Les mots de trop

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1.

Si besoin de parler, tu tairas tous tes mots,

Le mot de plus, le petit mot de trop,

Si besoin de partager, tu cèleras tes mains,

Les doigts noués priveront d'air les choses,

Si ton cœur et tes yeux captent le mou de l'autre,

Ta cuirasse lui promettre, et caresses garder,

Pour plus dignes comparses, et plus sûrs camarades,

A personne peut être

Plutôt que de faillir.

Si le brin d'un soleil chatouille ton regard,

En capter la tiédeur pour tous les jours de glace,

De brunes terres et d'herbe grise qui étouffent ta vie ;

Si d'ineptes colères t'éparpillent mais ne t'épargnent

Si de vains songes se repaissent de tes espoirs d'enfance

Qui sont foulés, viciés à la corruption de l'âge adulte,

Si de vieilles blessures r'ouvrent leurs bords insanes,

Leurs gluantes mémoires suppurant tout d'un coup

Prête moi, mon amie, de fidèles estimes,

De la tourbe où je reste félicité ma constance

Des marais d'être où paraître m'enlise peu à peu

Aide moi à délier les pestilences.

 

2.

Fleur d'expérience,

Je te cultive, transitoire innocence,

Au jardin de mon cœur

Et parterres de la vie

Je te bénis, l'éphémère aventure

Tes jeunes pousses émergeant

Ta corolle endormie

Je t'examine un laps de temps

Tes feuilles se racornissant

Tes pistils alourdis, verdict de l'âge mûr

Et te maudis soudain, finalement

Le cœur saignant, boitant, en pièces éparses,

Aux crocs étroits de tes pétales en charpies

Fleurs d'expérience

Je te salue

Et tes charniers éternels.

 

3.

En filigrane

Des pages de ma vie

Un blason d'ennui

Dissimulé, dévore

L'encre des mots

Qu'il faudrait écrire.

En exergue des œuvres complètes

Inabouties

Le mien regard

Stérile

Raye

Bifurque

Rature

Biffe,

Bafouille

Barbouille

Et s'écrabouille

Quand pour finir

Je froisse la page

Et la jette.

 

4.

La confiance est un péché mortel

Que voient-ils le matin dans leurs miroirs multiples

Sous quelles étoffes dissimuler leurs mains

Comment ne pas souhaiter gifler leurs sourires vacants ?

Ne sachant plus que faire, que dire, parmi ces ignorants

Qu'au nom d'homme le respect se doit

Dans un monde trop laid, si froid, si creux,

Je ne dirige rien que le désarroi

Sur des chemins sans suite, sans but ni fin.

Les trente ans d'âge, de liberté conquise,

Ne sont d'un leurre, l'ombre de la proie

Si convoitée que son absence déchire.

 

5.

De pied ferme et le tête molle

Les mains creuses et le regard vomi

Un prurit de mots rares en ma bouche aboli

Philantropia frappe à la geôle

De nos cœurs compromis.

Papelardes envies de gloires inutiles

La tendresse s'érode au gueuloir d‘écriture,

L'amitié s'humilie pour une forfaiture

Et l'ami simplement d'avéra versatile

Révélant son ordure.

Le suc de ces idées empourissait les yeux

Altérant l'harmonie de la voix intérieure

Dissonance cruelle appelée de nos vœux

Quand le serment fut fait de voler le bonheur

Quel qu'en fut le prix !

 

6.

J'étais au fond des yeux

Errais à fleur de peau

Naviguais en chansons

Nouais mon cœur à chaque mot

Livrais ma main à l'autre.

J'étais à fleur de moi

Errais au fond des eaux

Nouais mon cœur à des mirages

Naviguais en pleurant

Perdais ma foi par l'autre.

Surtout, pourtant, enfin

Qu'adviendra t-il de nous ?

Et alors, cependant

Que ma vie dévorante

Puisse blesser vos yeux !

 

7.

Aux clartés de mes nuits

En marchant dans ma tête

Pérégrinais la vie,

et ses embûches vénielles.

Lucidité d'esthète

Dévorant l'idéal

Et l'illusion réelle

Délecte dans régal

L'intègre résistance.

Résister à une indicible tristesse,

Surmonter un immense désarroi,

Peupler la solitude,

Combattre le silence et l'ennui qu'engendrent les regards sur soi même

Ecrire est une nécessité

Un mal nécessaire contre un ennemi indéterminé.

J'avais contre moi-même dressé des barricades

En mon for intérieur longuement retranchée

Etrangère, ennemie d'une vaine fratrie

Piétinant dans la boue le partage trahi

La tendresse humiliée, la confiance perdue

Un désert s'épandait sans espoir de retour.

 

8.

A la nuit tombante

D'un regard nucléaire

Boa Beauté Active

Débris Obstiné Astral

Fuyante cosmique perspective

De sourde étoile faufilante

Qu'adviendra t-il de nous ?

De débiles initiatives

Pour créer constrictors

Les poussières de nos vies

Déroulent l'univers

Dans l'enfer de nos cris.

 

 

9.

Le ciel nous écrasait de son ombre pesante

Le silence glacial avait gelé les mots

Le ciel scellait l'absence, et renfermait.

Mais les angles profonds

De la chambre intérieure

Aux murs de faux semblants

De parois en béton

Aux fenêtres d'espoir

Des montants en colère

Le bel enfermement

D'une vie en misère

Qui s'écroule et qui geint

Sous les rites anciens

D'une enfance perdue.

 

10.

Maxime : L'on meurt à soi même un peu plus chaque jour, en voulant naître aux autres – qui vous assassinent.

 

11.

Maxime : si l'amour vous dépasse, laissez le passer.

 

12.

A la minute carmin

La vie se démembrait

Gris sur gris

Et tes cris se noyaient

Avec un goût de cendre

Le dégoût de descendre

Des escaliers sans fond

L'oppression du silence

La saveur des insultes

Dédiées à ton miroir

Noir sur noir.

Tant de mots éructés

Pour des regards absents

L'obsession de ce temps

Qui va nous disséquer

Noir sur blanc

Buvez ceci est mon sang

Jeté à vos visages

Qu'il poisse dans vos mains

Ecœure vos narines

Empourpre vos consciences.

 

13.

Le papier confident des ébrèchements

Des zébrures ciselées et tranchantes

En mon âme et conscience.

La tiédeur de la page

Pareille à ma tendresse

Qui vole et qui s'égare

Au vent des confidences

Vaines et traîtresses.

Et la plume directe

Impuissante éperdument

Où mes dieux trop honnêtes

S'expriment par franchise

L'un après l'autre chaque mot

S'étale impunément :

Atteinte à la pudeur

Des conventions factices

Phrases subreptices

Cris d'amour illicites

Qui dégorgent ma vie

A l'égout de vos yeux.

 

14.

Aux méandres instables des jours inversés

A la droite rigueur des insomnies

Aux sauts de carpe se noyant

J'annonce ma fraternité.

Frétillant de bonheur un sinistre cabot

Jubilant du cynisme des renommées

Parodiant la culture, je lui dirai,

D'indicibles souffrances.

Aux gargouillis sonores d'une vie frelatée

A la brusque laideur de la vomissure

Aux sauts de crapauds s'étouffant

J'annonce notre flétrissure

Caracolant de vanité un étalon

Gloussant du bas humour des fins esprits

Gâtant les arts, je lui dirai

D'innombrables offenses.

Fraternelles souffrances, flétrissantes offenses

Aux méandres noyés de renommées inverses

Vomissant ces crapauds de laideur frelatée

Je versifie l'attente.

 

15.

Languide somnolence

Des topologies inscrites

Dans un corps souverain

Qui ne connaît l'ennui

La peur et son destin

Que dans la page écrite

De milliers d'écrivains.

Je me souviens, jadis

Autrefois mon pays

Hier l'enfance

Pour demain renaître

Et mourir à l'instant

Voluptés abolies

Sociologies réduites

A diriger nos voix

A dresser nos regards

Et retenir nos mains

Brider nos cœurs

Eperonner le ventre

Acérer l'allure

Stimuler le cervelet

Coordonner nos gestes

Assurer l'équilibre

Passer sans entendre :

Adulte gymnastique.

Mais j'erre et songe encore

Ressens, pleure et ricane

Contre leurs lois d'airain.

 

16.

De fêlure en cassure

Tu courais

Comme une enfant souillée

Par le verbe trahi

Que rencontre ton pas

Un puits lisse vertigineux

Un gouffre sans limites

Un enfer où tu glisses

Un amour qui te damne

De brisure en vomissure

Tu marchais

Nouvelle souveraine

De ton verbe conquis

Un puits doux où dormir

Un nid d'éternité

Enfer voluptueux

De passion solitaire.

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