Un moment de solitude
Le téléphone. J’ai répondu.
J’ai raccroché et c’était encore plus de solitude.
Bien d’autres jours et bien d’autres nuits comparables auparavant, où le silence et la pénombre rendent vains tout mouvement.
Assise dans un coin, dos au mur, je me suis laissée guider par la seule chose qui soit. Mon regard traverse les choses et les bruits que font ces objets se confondent avec l’essence même de mon existence. Je suis l’ombre de moi-même, clouée au mur par la lumière crue d’un spot que je n’ai plus conscience de fixer. Je suis attirée par l’obscurité d’un sommeil salvateur où je me dissoudrais – mais il faudrait encore plus de temps et d’oubli pour atteindre ce point d’ultime dissolution.
Il me faut pour l’instant éprouver la conscience délicieusement passive de mon éparpillement. Chaque objet me parle inaudiblement, identique à moi-même qui l’ait choisi et disposé dans cet espace. Je n’existe plus que simultanément à ces repères, je suis le bois de la table, la laine de la couverture sur le lit, la vitre froide et la pluie battante, le ciel et la nuit par delà la fenêtre de la chambre ; je me fais aussi lointaine qu’une étoile dans le silence sidéral.