ICSI : les micro-déboires
Les micro-déboires de l’ICSI
Ça peut sembler terrifiant mais en fait c’est autant de raison de rire.
Il y a le premier RV avec l’expert échographiste, pour le premier bilan. Et le personnage aura tout de suite mérité le surnom de « Monsieur Taciturne » bien qu’il se soit ensuite révélé plutôt sympathique au fil des échographies suivantes. Imaginez-juste le côté surréaliste habituel de ce genre d’examen toujours un peu inconfortable, avec en plus un gars concentré sur ses manettes et sa panoplie d’écrans genre tableau de bord de Boeing. La Table est solidaire des écrans 20 pouces. On se sent comme une paramécie sous la lame. Mortifiant tout de même ! Les fois suivantes, je crois que c’est mon goût pour la technologie qui a permis d’établir le contact, avec les questions naïves sinon carrément bêtes que j’ai pu poser comme dans E=M6, les « comment ça marche » « C’est quoi ce sque je vois là sur l’écran » etc. dont je suis heureusement coutumière. Grâce soit rendue à la curiosité – ce n’est pas un vilain défaut. Je me suis donc retrouvée peu après en train de noter les scores des diamètres folliculaires sur la feuille d’examen, avec un tout petit crayon un peu mâchouillé, le porte-feuille en cuir calé sur le bide (qui avait gonflé – voir infra), pendant que le pilote, d’humeur joyeuse, fredonnait comme une abeille studieuse mais toujours tout à son affaire. Donc, il est préférable de savoir prendre une distance humoristique sur les situations.
Il y a l’abonnement quasi quotidien au Labo pour la prise de sang. La fois où 10 minutes de retard à cause des embouteillages m’a fait louper l’heure de mon passage en machine et sortir de chez l’échographiste au-delà du délai réglementaire (avant 10 heures) pour faire la prise de sang. Arrivée en nage au labo, réponse abrupte « ce sera dans l’après-midi » - je rétorque avec toute la rigueur héritée de ma déformation professionnelle du type relations avec fournisseurs récalcitrants que « Point du tout, les résultats devant être faxés avant 14 heures c’est maintenant que ça se passe ». On s’exécute donc, comme au bon vieux temps où j’exigeais des Imprimeurs qu’ils me délivrent à temps les Bon A Tirer. Or, pour comble de malchance je tombe encore cette fois là sur la jeune laborantine inexpérimentée que j’ai vue l’avant-veille, qui me gratifiera – vengeresse de mon inexactitude horaire - au vu de mon ordonnance d’un: « vous aviez encore une échographie ? ça doit coûter cher » – et elle précise pour mieux enfoncer le clou après mon « Beuh oui… » embarrassé (because j’aligne effectivement des chèques de 90€ en attendant les futurs remboursements dans le cadre de la prise en charge à 100 % mais enfin tout de même, c’est pas mal d’argent qui sort d’un coup…) : « A la sécu, je veux dire ». No comment, elle doit s’agripper à des convictions religieuses qui ne sont pas compatibles avec ma démarche celle-là. Pour info, dans mon trajet piéton entre le cabinet de l’échographiste et le labo j’ai croisé le car de CRS qui avait été cause de mon retard : ai hésité à les engueuler, mais l’inévitable crochet par le Poste de Police consécutif à ce défoulement inopportun m’aurait sans doute trop retardée…
Il y a le lendemain, où la doyenne inversement chaleureuse qui me pique des veines déjà bien exploitées va hélas un chouye trop vite dans sa routine et retire malencontreusement l’aiguille un peu de travers. Par ignorance, mon réflexe pour calmer la douleur fut, en filant aussi vite que possible vers mes activités du jour, de plier le bras. Donc, comme je l’ai appris la fois suivante avec une laborantine méticuleuse et compatissante à la vue de l’hématome qui s’en est ensuivi, il aurait suffit de maintenir la compression 8 minutes, pour garantir la coagulation, au lieu de pomper comme une malade ! Leçon retenue par la suite : on apprend vite dans certaines conditions.
Il y a l’ordonnance qui indique noir sur blanc de commencer les injections de la stimulation avec une dose de 175 UI. Comme je suis une fille obéissante, je respecte scrupuleusement la consigne et même que tous les soirs avant de doser le stylo, nous nous référons à l’ordonnance qui est dans le tiroir de la salle de bains avant de jouer aux fléchettes sur ma cuisse. Le médecin qui m’appelle pour les premières consignes après les premières analyses découvre fortuitement que je suis à 175 parce que je cultive (toujours très professionnellement) la précision du lecteur-correcteur expérimenté dans mes propos, et me tout à trac rétorque que j’ai dû « mal lire ». Que nenni lui retorque-je à mon tour, c’est écrit. Je pousse la conscience jusqu’à extraire le document litigieux du tiroir de la salle de bain et lui réaffimer avec l’objet du litige sous les yeux. Donc ce sera 150 UI. Restons pragmatique.
Alors bon, sans doute était-il logique que j’ai un peu de mal à dormir sur le ventre et une certaine gêne à marcher rapidement du fait d’ovaires surcalibrés et surpeuplés… ils ont grâce à Dieu démontré une élasticité certaine, et c’est uniquement quand les laborantines m’ont demandé si je n’avais pas les « ovaires explosés », l’air surprises de mon allant impeccable, que j’ai commencé à avoir une petit doute. J’avais tellement redouté des effets secondaires cataclysmiques, que je me portais comme un charme, quant à moi.
Et je suis retournée lire mes analyses pour découvrir que mon dosage était exprimé dans une unité de mesure différente des normes de références écrites juste en face. Alors j’ai compris que j’étais montée en flèche au point que l’équipe de suivi (période de Toussaint, merci tout de même à toute l’équipe de garde et à la véritable prouesse de s’être passé la balle aussi efficacement) a comme qui dirait trahi une légère inquiétude vis à vis d’un risque d’hyperstimulation, because mes oestradiol explosaient les plafonds et continuaient de grimper alors même qu’on avait réduit les dosages (50 UI) et même carrément arrêté les injections tout de suite après. Mon score folliculaire (celui que j’avais relevé avec mon pilote de Boeing d’humeur joyeuse) donnait 23 dans le camp droit et 8 dans le camp gauche (au théâtre ont dit à Cour et à Jardin) et la plupart de taille raisonnable (mon prof de théâtre m’a suffisamment répété qu’il était important de savoir « amplifier »). Je voyais le moment où petite lapine serait saisie d’une frénésie incoercible de carottes, et je me voyais déjà m’acheminer par bonds allègres et successifs à travers le Parc Montsouris vers l’Institut pour la fatidique ponction….
C’est alors que mon médecin de référence m’a appelée pour me prévenir que si une ultime prise de sang le lendemain ne retombait pas à un dosage approchant les 3000, ce serait stop, annulation pure et simple du protocole. Retour à la case départ, même les secrets espoirs qu’une telle production folliculaire permettrait de congeler quelques ovocytes de belle allure pour une seconde tentative sans ponction s’envolaient… Une pointe d’agacement tout de même quand elle aussi à laissé entendre que je m’étais « trompée » au début avec les 175 UI : d’autant que je suis intimement persuadée qu’elle avait précisé ce dosage en conscience en fonction de mon dossier, c’est bien elle qui m’a donné l’ordonnance où elle avait marqué 175 UI d’un coup de stabylo jaune. Faudra que je lui montre pour lui ôter ce doute.
Mais ce soir là Petite Lapine aux nombreux follicules menacés d’un destin inutile s’est muée un instant en Papillon qui finit par en avoir marre qu’on lui plante des aiguilles uniquement pour le tenir immobile derrière une vitre.
Et alors – stupéfaction - la psychologie doit être capable d’accomplir des miracles et à mon insu cela s’est effectivement produit : contre toute attente, j’ai rigoureusement affiché le taux souhaité le lendemain. C’est beau d’avoir été éduquée avec des principes !
Sauf que dans le même temps j’apprend qu’après la ponction et l’instillation, je devrai rester à Paris (annulation des vacances du 11 nov, perte sèche des billets PREM’S – moi qui croyait avoir mérité du repos à la campagne !!! et les copains qui devaient venir avec nous à annuler et du coup leur dire pourquoi…) et comme on ne sait pas encore pour l’instillation, week end trimestriel de Théâtre peut être également compromis. C’est pour la bonne cause, OK, mais tout de même, ça devient compliqué à gérer, d’un point de vue purement logistique….
ponction, instillation, surveillance d’un hypothétique résultat, confirmation d’un arrimage du passager... ce fut une autre histoire, qui reste à écrire.